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Bleus horizons : un concert littéraire d'exception

2014

Bleus horizons : un concert littéraire d’exception

Publié le 21 novembre 2014

Le festival de Laon s’achève le 28 novembre prochain à Soissons par Bleus Horizons , un concert littéraire d’après le roman de Jérôme Garcin. La lecture, par le comédien Bruno Putzulu se mêlera à un repertoire pour piano, baryton, violoncelle regroupant Fauré, Debussy, Ravel, Duparc, Bach et Busoni.
Le concert sera enregistré par France musique.

Un siècle jour pour jour après la disparition du poète Jean de La Ville de Mirmont, tombé au Chemin des Dames le 28 novembre 1914, littérature et musique convergent dans ce programme conçu pour la commémoration du Centenaire et nourri par le roman éponyme de Jérôme Garcin.
Le spectacle est créé dans le cadre du Festival de Laon (Aisne), le vendredi 28 novembre 2014 à Soissons, à 25 km de Verneuil où disparut La Ville de Mirmont.
Jérôme Garcin met en scène aux côtés du poète le personnage fictif de Louis Gémon, compagnon d’armes et véritable double, qui n’a de cesse de promouvoir après le conflit l’œuvre de son « frère spirituel », auteur de L’Horizon chimérique inspirant le cycle de mélodies de Gabriel Fauré.
L’osmose esthétique entre le poète et le musicien, que Garcin voit tendre tous les deux « vers la pureté intérieure  », inspire le projet de conjuguer sur scène la littérature et les musiques qu’elle suscite, à travers une adaptation du roman centrée sur le parcours du poète. L’itinéraire de celui qui, natif de Bordeaux comme son ami d’enfance François Mauriac qui traverse ces pages, est « de ceux dont les désirs sont sur la terre », malgré de « grands départs inassouvis ». Le voyage brisé d’un artiste dont L’Horizon chimérique est « ce coquillage où gronde un océan : l’œuvre de Jean de La Ville qui ne naîtra jamais. »
Marcel Schneider pense que « la musique est le plus sûr élixir d’immortalité », comme Mozart et Rossini en attestent pour Beaumarchais. Grâce à la « musique déchirante » de Fauré, les vers de son ami atteindront selon Mauriac « des cœurs qui, sans elle, ne les auraient pas connus.  »
En maître de la mélodie française dont il représente une sorte de point culminant, Fauré sublime les vers de L’Horizon chimérique, trace fugace d’un génie fauché à vingt-huit ans. Ils rejoignent ceux de son modèle Baudelaire, dont L’Invitation au voyage ou La Vie antérieure semblent faire écho avec Duparc aux rêves d’évasion du jeune Bordelais.
Au-delà des mélodies, mais aussi du piano de Fauré à travers Nocturnes et Barcarolles, voici également le mouvement lent de sa seconde sonate pour violoncelle et piano, créée à Paris lors du même concert que L’Horizon chimérique, le 13 mai 1922 à la Société Nationale de Musique (le thème de ce mouvement est bâti sur un chant funéraire commandé à Fauré en 1921 pour le centenaire de la mort de Napoléon, vainqueur des Russes et des Prussiens en 1814 sur le Chemin des Dames, à la bataille de Craonne…).
La sonate pour violoncelle et piano de Debussy, écrite en 1915, côtoie aussi le Tombeau de Couperin que Ravel dédie à ses amis morts au front, tandis que la musique de Bach est la seule qui réussit encore « à imposer le silence aux gémissements des blessés  ». Et qui seule avait sauvé chez Louis Gémon, dont les oreilles « avaient perdu à jamais, dans les tranchées, le goût des mélodies raffinées et des fantaisies de salon  », ce qui restait « du croyant écartelé et du mélomane malmené. » Car c’est à Bach qu’il destine les prières qu’il avait « cessé d’adresser à Dieu  », pour calmer ses souffrances et même «  leur donner un sens. »
Tout finit au Chemin des Dames, à l’issue d’un voyage borné aux horizons de Soupir, Vieil-Arcy, Beaulne et « de tous les lieux-dits retournés à ce grand silence d’avant ou après l’humanité. »
Gémon décrit son ami « enseveli sous des mètres d’argile, figé dans sa dernière attitude à la manière des habitants de Pompéi, le buste droit, la tête levée, les yeux ouverts, la baïonnette au canon et la musette au flanc. Un gisant en action  ».

> A signaler que Jérôme Garcin sera présent et dédicacera son roman à l’issue de la soirée.
> Le Festival de Laon est élaboré sous la direction artistique de l’ADAMA (Association pour le Développement des Activités Musicales dans l’Aisne)
> Le concert fait partie du programme Aisne 14-18 : retrouvez tous les projets du Centenaire sur http://14-18.aisne.com


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